C'est un classique à l'approche de l'annonce du prix Nobel de la paix, les spéculations vont bon train. Cette année, c'est le printemps arabe qui attire les regards. Et nombre de femmes ; arabes, afghane, russe ou libérienne.

A Oslo, à une semaine de la remise du prix Nobel de la paix, le directeur de l'Institut de Recherche sur la paix (PRIO), Kristian Berg Harpviken, spécule tout en militant. « Le prix devrait aller à une femme, dirigeante ou activiste, qui a œuvré avec de nouveaux outils en faveur de la paix », estime-t-il. Seuls 12 Nobel de la paix sur 97 ont récompensé une femme (1). La dernière lauréate était, en 2004, l'écologiste kényane Wangari Maathai, décédée dimanche 25 septembre.

 

Égyptien-ne ?

 

Le premier choix du directeur de PRIO se porte sur l'Égyptienne Esraa Abdel Fattah. Elle est l'une des fondatrices du Mouvement de la Jeunesse du 6 avril, qui « a joué un rôle crucial » dans le soulèvement du début d'année contre le régime de Moubarak. Elle pourrait partager le prix avec son organisation. En 2008 elle avait été arrêtée pour avoir, déjà, appelé à protester sur Facebook. Fattah est « devenue une représentante centrale du mouvement pour une transition pacifique en Égypte, une ardente dénonciatrice du précédent régime, une démocrate de principe, une militante de l'action non-violente et une pionnière locale de l'usage des médias sociaux ».

Kristian Berg Harpviken distingue aussi, en Égypte, l'alter-ego masculin d' Esraa Abdel Fattah. Également militant non-violent et cyberactiviste, Wael Ghonim, « a joué un rôle majeur dans la relance des protestations en juillet ».

 

Tunisienne ?

 

La deuxième favorite de Kristian Berg Harpviken est également une pionnière des réseaux sociaux, la bloggueuse Lina Ben Mhenni, particulièrement critique – aujourd'hui encore- à l'égard des médias. Elle subit d'ailleurs aujourd'hui une campagne de dénigrement. Mais « elle reste humble sur son propre rôle » dans la révolution du jasmin, juge le directeur du PRIO, qui la cite : « S'il n'y avait eu qu'internet, nous n'aurions jamais atteint notre but. Il y a des gens qui ont perdu la vie, des gens qui ont été blessés. Ce sont de biens plus grand sacrifices que ce que nous avons fait en tant qu'activistes sur internet ». Lina Ben Mhenni est par ailleurs la favorite d'un autre norvégien spécialiste des Nobel de la paix, l'historien Asle Sveen, pour qui ce serait « une brillante idée » de la récompenser.

Une autre femme se distingue en Tunisie, souligne Kristian Berg Harpviken : Radhia Nasraoui, « une avocate des droits humains engagée de longue date dans l'opposition au gouvernement » de Ben Ali.

 

Russe, Afghane ou Libérienne ?

 

Une autre candidature sérieuse est celle de l'organisation russe Memorial, et notamment sa fondatrice Svetlana Gannushkina. Memorial œuvre pour les droits humains en s'appuyant sur la documentation historique. Elle est particulièrement active en Tchétchénie et en paie le prix : sa responsable sur place, Natalia Estemirova, a été tuée en 2009.

Dans le même esprit, une autre lauréate possible est Sima Samar, qui dirige la Commission afghane indépendante sur les droits de l'Homme « et se montre de plus en plus critique à mesure que se rapproche le retrait des troupes internationales d'Afghanistan ». Elle est aussi la représentante spéciale de l'ONU pour les droits humains au Soudan.

« Le prix pourrait aussi être attribué à une candidate qui représente le rôle des femmes dans les processus de paix, ou le coût élevé de la guerre pour les femmes », estime encore Kristian Berg Harpviken.

Dans ce cas, il met en avant la candidature de Leymah Gbowee, une travailleuse sociale et militante de la paix au Libéria, connue pour avoir mobilisé les femmes pour pousser les dirigeants à conclure un traité de paix en 2003. Elle a par la suite créé le Réseau des femmes pour la paix et la sécurité en Afrique (WIPSEN-Africa), qu'elle dirige toujours, « et le prix Nobel de la paix pourrait être partagé entre elle et ce réseau ». A noter que le Libéria est dirigé par Ellen Johnson-Sirleaf, première femme élue à la tête d'un État africain.

 

Des chercheurs ?

 

Reste qu'il existe « de forts arguments pour que le prix aille à la recherche sur la paix », juge Kristian Berg Harpviken. Dans ce cas, il irait à un homme. Le nom de l'américain Gene Sharp, théoricien et militant de la non-violence, revient souvent. Ses écrits ont inspiré les mouvement de révolte dans le monde arabe.

Également cités dans ce domaine : l'Anglais Paul Collier, « un des analystes les plus influents sur les causes et conséquences des guerres », ou le Human Security Report Project (HSRP), qui analyse l'évolution des conflits armés, et son fondateur Andy Mack.

 

Le nom du successeur du chinois Liu Xiaobo pour le prix Nobel de la paix sera annoncé le vendredi 7 octobre à Oslo. Un record de 241 candidatures, dont 53 organisations, ont été enregistrées par le comité Nobel.

Ces spéculations ne préjugent en rien du lauréat. L'an dernier, le directeur de PRIO comptait déjà parmi ses favoris Sina Samar ou Memorial. Tout en écrivant qu'attribuer le prix à un dissident chinois était « sans doute un choix plus séduisant ». Bien vu.

http://www.lesnouvellesnews.fr/index.php/entreprendre-articles-section/saga/1391-nobel-paix-femme-printemps-arabe

 

 

 

 

Photos : Esraa Abdel Fattah (via Twitter, @Esraa2008) ; Lina Ben Mhenni (sur son profil Facebook) ; Sima Samar (sur son site) ; Leymah Gbowee.