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Moussa Dadis Camara, né le 1er janvier 1964 ou le 29 décembre 1968 à Koulé (près de Nzérékoré), est un officier militaireguinéen. Président du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD), la junte militaire au pouvoir après la mort deLansana Conté, il s'autoproclame président de la République de Guinée le 24 décembre 2008. Blessé à la tête le 3 décembre 2009, il est hospitalisé au Maroc, puis au Burkina Faso, et doit quitter ses fonctions le mois suivant.

Il fait ses études primaires et secondaires à N'zérékoré, sanctionnées par un baccalauréat en sciences mathématiques au lycéeSamory Touré. Puis, en 1986, il intègre l'université de Gamal Abdel Nasser de Conakry, et obtient, en 1989, une licence en économie et finance.

En 1990, Moussa Dadis Camara intègre l'armée guinéenne, et poursuit sa formation à la base à Kindia, à 137 km de la capitale. Il suit une formation à l’Académie royale de Meknès, au Maroc. Six ans plus tard, il suit des cours d’officier à Dresde, puis obtient un brevet de chef de section en gestion à Brême (Allemagne), et intègre une brigade franco-allemande. À son retour de l'Occident, en 1999, il devient intendant-adjoint au sein des forces des Nations unies pour la Sierra-Léone (UNAMSIL). De 2000 à 2001, il est le chef de la Section Essence à la direction générale de l'Intendance militaire des armées de Guinée. Il repart en Allemagne en 2004, et effectue des études en capitainerie d’intendance et de logistique à l’École d’Infanterie de Hambourg, puis suit des cours pratiques de troupes aéroportées d'où il obtiendra un brevet de parachutiste-commando. Entre 2005 et 2007, Moussa Dadis Camara exerce le poste de Chef de section des Essences et Ravitaillement à l'Intendance militaire des forces armées, puis, en 2008, celui de directeur général des Essences et Lubrifiants. Entre temps, il suit des cours à l'État major à l'École militaire inter-armée (EMIAG), en Guinée.

Arrivée au pouvoir[modifier]

Quelques heures après l'annonce de la mort de Lansana Conté, deuxième président de la République de Guinée, le capitaine Camara, jusqu'alors inconnu du grand public, apparaît à la radio-télévision guinéenne2 pour annoncer la suspension de la Constitution et de toutes les institutions républicaines ainsi que la dissolution du gouvernement. Il prononce un discours à caractère social, dénonçant le désespoir profond du peuple de Guinée, la complicité des dignitaires du pouvoir dans le pillage des ressources du pays et leur incapacité à fournir à la population les services de base3.

Le 23 décembre 2008, il est porté à la tête du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD)4. Le lendemain, les forces armées le désignent président de la République de Guinée, Camara promet des élections « libres, crédibles et transparentes » en décembre 20105. Comme promis à la prise du pouvoir, Moussa Dadis Camara nomme, le30 décembre 2008, le banquier Kabiné Komara Premier ministre et chef du gouvernement.

Présidence de la République[modifier]

Débuts encourageants[modifier]

Moussa Dadis Camara prononçant un discours, en 2009.

Suite à la rencontre entre le CNDD et le secretaire d'État français à la Cooperation Alain Joyandet, le 4 janvier 2009, le capitaine Moussa Dadis Camara réitère l'engagement de la junte à organiser des élections libres et transparentes, auxquelles ni les membres du CNDD, ni les membres du futur gouvernement de transition ne seront candidats, à la fin décembre 20096. Cependant en avril 2009, Dadis Camara menace de se présenter à la présidentielle de décembre 2009 si les leaders d'opinion ne cessent de s'« acharner » contre le CNDD7.

À son arrivée au pouvoir, la Guinée, selon les populations, était considérée comme l'une des plus grandes plaques tournantes de la drogue de la sous-région ouest-africaine8. Dadis Camara explique que « La drogue cause un énorme préjudice non seulement au peuple guinéen, mais à tous les opérateurs économiques. C'est pourquoi, j'ai décidé de la combattre pour redorer l'image de marque de mon pays »9. Afin d'attirer les investisseurs, le Président guinéen cherche à rassurer les opérateurs économiques. Ainsi les interpellations se multiplient à Conakry, impliquant des protégés de l'ancien régime autoritaire tels que Ousmane Conté le fils ainé de l'ex-président, Saturnin Bangoura le beau-frère du général Lansana Conté ou encore Lansana Camara, fils du Général Kerfalla Camara (ancien chef d’État-major général des forces armées guinéennes)10. Ces multiples arrestations de hauts fonctionnaires ou d'officiers supérieurs valent à Dadis Camara l'estime de son peuple voyant en cela la volonté de rompre avec la culture de l’impunité cultivée depuis longtemps et la corruption généralisée. La lutte contre les narcotraficants sera médiatisée avec des procès télévisés contribuant à la propagande du CNDD digne d'un régime dictatorial. Même si Moussa Dadis Camara est considéré actuellement par l'ONU comme un acteur important dans la lutte contre le narcotrafic en Afrique de l'Ouest, le problème de l'absence de chiffres réels demeure. Le 8 août 2009, le président Moussa Dadis Camara reçoit11, en présence du président sénégalais Abdoulaye Wade, l'oscar du Mérite du Conseil international des managers africains (CIMA) pour son combat contre les narcotrafiquants12 et pour la moralisation économique.

Massacre de septembre 2009[modifier]

Le 28 septembre 2009, à la suite d'un meeting organisé dans l'enceinte du plus grand stade de Conakry, l'armée guinéenne tire à balles réelles sur les manifestants, occasionnant 157 morts selon les ONG, qui font aussi état de milliers de blessés et de nombreux viols13. La communauté internationale a fermement condamné cette violente répression, et le président Camara explique cet événement par l'indiscipline de ses forces armées, et déplore le décès de « ceux qui l'ont amené au pouvoir ». Ce massacre engendre la démission du porte-parole du gouvernement et des ministres de l'Agriculture et de la Fonction publique, fait sans précédent en Guinée14.

La France, par la voix de Bernard Kouchner, décide de suspendre sa coopération militaire avec le CNDD15,16 et demande, conjointement avec les États-Unis, une enquête internationale17. La Cour pénale internationale (CPI) donne une suite favorable à cette requête18 et la France appelle ses 2 500 ressortissants à quitter la Guinée en raison de la détérioration de la situation19. L'International Crisis Group met de son côté en garde contre une « guerre civile qui pourrait déstabiliser l'Afrique de l'Ouest, s'il n'est pas mis rapidement fin au régime militaire14 ».

Devant les pressions internationales, Moussa Dadis Camara affirme, le 17 octobre 2009, n'avoir « peur de rien20 ». Mais le 21 décembre suivant, le rapport de la Commission d'enquête internationale estime qu'au moins 156 personnes ont été tuées dans la répression et que 109 femmes ou jeunes filles ont été violées, voire parfois mutilées21. Les enquêteurs de l'ONUparlent de « crime contre l'humanité » et en imputent notamment la responsabilité à Moussa Dadis Camara, pour lequel ils réclament la saisie de la Cour pénale internationale22.

Tentative d'assassinat[modifier]

À la suite du massacre du 28 septembre, des dissensions apparaissent au sein du CNDD23. Le général Sékouba Konaté essaye de faire arrêter Aboubacar « Toumba » Diakité parClaude Pivi, mais Dadis s'y oppose. Sous la pression de l'enquête internationale, Dadis Camara semble se désolidariser des responsables des violences.

Le 3 décembre 2009, alors que Sékouba Konaté est en voyage au Liban, Moussa Dadis Camara se rend au camp militaire "Koundara", base de son aide de camp et chef de la garde présidentielle, Aboubacar « Toumba » Diakité. Dans des circonstances à éclaircir, ce dernier tire sur Dadis Camara et le blesse à la tête.

Probablement touché à la tête et au cou24, il est transféré le lendemain à Rabat (Maroc), afin d'y être hospitalisé dans une « situation difficile mais pas désespérée », d'après le président burkinabé Blaise Compaoré25. En attendant de plus amples informations, l'intérim est assuré par le n°3 de la junte, le général Sékouba Konaté ; une récompense de 200 millions de francs guinéens en plus d'une villa est promise à qui retrouvera Aboubacar Diakité ou donnera des informations pouvant le localiser.

Toumba, quant à lui, accuse Dadis Camara d'avoir commandité les massacres et d'avoir voulu lui rejeter la responsabilité26, et affirme avoir aidé des opposants à échapper aux violences, version confirmée par François Lonsény Fall, ancien Premier ministre27, mais remise en cause par un rapport de Human Rights Watch28.

Retrait du pouvoir[modifier]

Le 12 janvier 2010, à la surprise générale, Moussa Dadis Camara quitte le Maroc, où il était hospitalisé depuis le 4 décembre 2009, pour Ouagadougou (Burkina Faso). Il y est rejoint par le général Sékouba Konaté, qui assure l'intérim depuis son hospitalisation, pour des négociations sous l'égide de Blaise Compaoré. Un accord est trouvé le 15 janvier 2010, et Camara renonce au pouvoir, officiellement pour des raisons de santé29. En réalité, selon les télégrammes de la diplomatie américaine révélés par WikiLeaks, les gouvernements français et américains en accord avec Mohammed VI ont profité de son hospitalisation à Rabat pour lui trouver un successeur et le forcer à l'exil30. Français et Américains se méfiaient de Dadis Camara depuis le massacre du 28 septembre 2009 et ils craignaient que ses ambitions militaires (recrutement de mercenaires, achats d'armes) ne soient une menace pour la stabilité de la région30.

À l'occasion de l'élection présidentielle guinéenne de 2010, toujours en exil, il ne donne aucune consigne de vote, appelant « tous les électeurs de [son] pays de voter le candidat de leur choix »31. Le 20 décembre 2010, il annonce son intention de rentrer en Guinée32.