Kouamba Matondo Annette

"Quand le mari meurt, tout s'arrête"

 Kouamba Matondo Annette

 

 

 

(Syfia/CRP) A Brazzaville, bon nombre de femmes sont livrées à elles-mêmes quand leurs maris décèdent. Des associations les aident à exercer de petits métiers ou les informent sur leurs droits.

 

"Après la mort de mon mari, j'ai commencé à exercer plusieurs activités. J'ai vendu du charbon de bois, des beignets et du poisson fumé pour nourrir mes six enfants et soutenir leurs études", se souvient Marie-Thérèse, veuve depuis 1983. En 2004, elle adhère à l’association Œuvre Notre-Dame des veufs et orphelins du Congo (ONDV&OC) pour renforcer son commerce. Grâce à l'aide financière de cette ONG, Marie-Thérèse et d'autres veuves ont trouvé une véritable autonomie : "Nous avons cultivé un champ de manioc à Inoni Plateaux (à 150 km au nord de Brazzaville, Ndlr). La récolte nous a permis d'ouvrir un compte bancaire", se réjouit-elle. "J'ai une cabine téléphonique à la maison. Je fais aussi des transferts de crédits de téléphone. Cette activité contribue à subvenir à mes besoins et à prendre soin de mes deux enfants", explique une autre veuve, dans la trentaine, qui a requis l'anonymat. Aujourd'hui, elle aussi est indépendante financièrement.

François-Xavier Mayouya Mifoundou, président de l'ONDV&OC explique les raisons de l'engagement de sa structure pour améliorer les conditions de vie de ces femmes, le plus souvent complètement livrées à elles-mêmes : "Quand le mari meurt, tout s'arrête. Surtout quand la femme ne travaille pas." Depuis 2002, une vingtaine de veuves ont bénéficié de l'aide économique de cette association pour débuter un métier. "Dès que nous avons une enveloppe de 50 000 Fcfa (75 € environ) ou plus, nous la remettons à une veuve de sorte qu'elle commence un commerce de son choix", fait savoir François-Xavier. La mission de sa structure se termine une fois que cette petite activité prend son envol.

 

Une nouvelle vie commence

Mais trouver une autonomie ne se fait pas facilement, en particulier pour celles qui étaient entièrement dépendantes de leurs maris. C'est le cas de Sophie, devenue veuve à 33 ans, alors qu'elle était encore à l'université. "La mort de mon conjoint a été un coup dur. Il a fallu que je me prenne en charge et que je m'occupe toute seule de mes deux enfants. Avant, c'était mon mari qui nourrissait les enfants ou payait le loyer", se souvient-elle. Actuellement, Sophie s'occupe seule de son foyer en attendant de trouver un nouveau conjoint. Elle incite les femmes à être financièrement autonomes dès à présent, même celles qui sont encore en couples, pour ne pas se retrouver dans la même situation qu'elle.

Différentes associations multiplient les initiatives pour aider les femmes en général et les veuves en particulier à devenir autonomes. C'est le cas de Mibeko, qui a lancé en février dernier à Ewo (dans le département de la Cuvette-ouest , au centre du pays), un programme de deux ans, qui se déroulera en deux phases. La première consistera à former des femmes à la maîtrise technique de leurs activités (commerce, maraîchage). Elles recevront ensuite des microcrédits. Selon Herman Batamio Matondo, juriste et secrétaire permanent de  Mibeko, sur 374 femmes identifiées, 174 ont commencé avec la première phase. Entre 2005 et 2009, l 'association avait débuté un autre projet sur les droits successoraux qui n'a pas abouti, faute de financement. Dans le cadre de ce programme, 553 veuves ont tout de même été informées sur leurs droits.

 

Des pensions insuffisantes

Certaines veuves attendent longtemps avant d'obtenir des pensions en raison des tracasseries administratives au niveau la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) et de la Caisse de retraite des fonctionnaires (CRF). "Pendant les moments difficiles, j'ai commencé à vendre mon mobilier pour payer les études des enfants", confie Marie-José, veuve depuis 2002. Son dossier pour obtenir sa pension a été retiré par sa belle-famille à la CRF... "J'ai eu des contradictions avec ma belle-famille qui a jugé que je n'avais pas le droit à la pension de mon mari. J'avais pourtant l'acte de mariage !", déplore Marie-José qui a peiné pendant trois ans et demi avant de toucher son dû.

Aristide Montbouli, chef de service de liquidation à la CRF pense quant à lui que la pension ne permet en général pas aux veuves de résoudre tous leurs problèmes. "Certaines touchent 3 000 Fcfa (4,5 €)par mois à la CRF et celles de la CNSS perçoivent l'équivalent par trimestre", explique-t-il. D'autres pensions vont jusqu'à 500 000 Fcfa (plus de 760 €) par mois pour les veuves de hauts fonctionnaires. Pour aider les plus démunies, un décret a été pris fin 2006. Il revalorise à 40 320 Fcfa (61 €) la pension minimale qui était auparavant comprise entre 3 000 et 10 000 Fcfa. Mais, seules les femmes devenues veuves depuis le 1er janvier 2007 sont concernées.

 

Annette Kouamba Matondo   et

Flaure Tchicaya

t Avril 2011